dimanche 25 septembre 2016

Per la ricuperata salute di Ofelia (Mozart, Salieri, Cornetti)


Première page du livret de Per la ricuperata salute di Ofelia (Da Ponte, Salieri, Mozart, Cornetti)


En décembre 2015, le musicologue et compositeur Timo Jouko Herrmann, spécialiste de l’œuvre de Salieri, a fait une remarquable trouvaille, alors qu’il dépouillait le catalogue de la bibliothèque musicale du Musée national de Prague : il s’agit d’une version imprimée de la cantate « Per la Recuperata Salute di Ofelia » (écrite en 1785 pour célébrer le retour sur les planches de la cantatrice, future créatrice de Susanna des Nozze di Figaro de Mozart.
 
Longtemps considérée comme perdue, cette œuvre est exceptionnelle dans le corpus mozartien, puisque qu’elle a la particularité d’avoir aussi comme compositeurs la soi-disant bête noire de Mozart, Antonio Salieri, ainsi qu’un certain « Cornetti » dont l’identité est encore incertaine. Le poème est signé Lorenzo Da Ponte.

Il s’agit d’une version imprimée par Joseph von Kurzböck comportant le poème de 30 strophes écrit par Lorenzo Da Ponte, ainsi qu’une partition réduite (voix et basse) sur deux feuillets dépliants

On y trouve la mise en musique par Salieri des deux premières strophes, celle de Mozart pour les deux suivantes, et la reprise du début par « Cornetti ».

Cette version réduite est-elle due uniquement aux contraintes de l’impression ? Selon le musicologue, la partition imprimée, qui fait suite au poème, témoigne de « trous » et de manques divers. Il les a d'ailleurs complétés dans l'édition qu'il a publiée chez Hofmeister.


Détail de la partition de Per la ricuperata salute di Ofelia (Da Ponte, Salieri, Mozart, Cornetti)

Extrait de la partition 
 Národní Muzeum - Ceské Muzeum Hudby, Praha.)



« Per la Recuperata Salute di Ofelia » : un peu d’histoire…

Le 1er juin 1785, la cantatrice Ann Selina (Nancy) Storace perd sa voix en scène, lors de la création de Gli Sposi malcontenti, opéra de son frère Stephen. Cela retarda les répétitions et la mise au théâtre de La Grotta di Trofonio de Salieri, qui n’eut lieu que le 12 octobre 1785. Storace n’avait repris son service au Burghtheater, l’opéra de la Cour, que le 26 septembre. 

Le titre du poème de Da Ponte fait allusion à son personnage dans La Grotta di Trofonio, Ofelia, l’une des deux sœurs jumelles qui voit son caractère changer en pénétrant dans la fameuse grotte du mage.

On ne connaissait la cantate que par les annonces de la mise en vente par Artaria de sa partition : une première annonce est insérée dans le Wiener Blättchen du 26 septembre 1785, une autre dans le Wiener Realzeitung, le 18 octobre : 
 « Pour célébrer l’heureux rétablissement de la virtuosa favorite Mme. Storace, le poète de la cour impériale et royale Herr Abbate Da Ponte a écrit une cantate de réjouissance « Per la recuperata salute di Ofelia ». Cette dernière a été mise en musique pour être chantée avec accompagnement de pianoforte, par les trois célèbres Kapellmeister Salieri, Mozart et Cornetti, et est en vente aux éditions Artaria, Michaelsplatz, pour le prix de 17 kr. »

« Cornetti » n’est pas formellement identifié. 
Le biographe de Nancy Storace, G. Brace, a avancé qu’il pouvait s’agir de Stephen Storace, mais cela semble incertain. Ce dernier aurait certainement apposé son nom. On a avancé le nom du ténor Alessandro Cornet(ti) ( ? - v. 1795), un chanteur et pédagogue. 

Mozart n’a pas fait d’entrées pour cette cantate dans le catalogue thématique de ses œuvres, Salieri ne la mentionne pas non plus. On ne connaît à ce jour aucune copie de l’impression d’Artaria.

Quant à Da Ponte, il n’a pas mentionné ce poème dans ses Mémoires. Est-ce étonnant ? La Grotta di Trofonio était de la plume de son grand rival, l’abbé Giambattista Casti…


La cantate a été recréée mardi 16 février 2016 au Musée national de la Musique de Prague.

Elle dure environ quatre minutes, et est ici jouée par le claveciniste Lukas Vendl.



On peut également entendre une interprétation vocale sur le poème de Lorenzo Da Ponte, par l'équipe de Tutti Mozart



Vicinius Kattah – pianoforte
Ute Groh – violoncelle baroque
Kate Rafferty – soprano

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