mercredi 21 juin 2017

Annonce - concert Nancy Storace - St John’s Smith Square, Londres




St John’s Smith Square  Logo



Durant sa saison 2017-2018, la compagnie du Bampton Classical Opera présentera un programme consacré à la vie de Nancy Storace.

Cette soirée aura lieu au St John’s Smith Square le 17 mars 2017, et inclura des airs de Mozart, Salieri et Stephen Storace. Andrew Griffiths dirigera.

Songs for Nancy

Nancy (Anna Selina) Storace (1765-1817) was one of the most renowned singer-actresses of her age. The daughter of an Italian double-bass player and born in London, she was recognised a child prodigy, starring in opera at home and in Italy whilst still a teenager. Recruited for the Emperor Joseph II’s new Italian opera company in Vienna, she came to the notice of the leading composers of her age – including Salieri, Paisiello and Haydn, as well as her remarkable brother Stephen Storace - who all composed outstanding music for her.
Above all, Mozart created the role of Susanna in Le nozze di Figaro specifically for Nancy. Bampton Classical Opera marks the bicentenary of her death  with a varied concert, conducted by Andrew Griffiths, of vocal and orchestral music written for or associated with her.

The event opens Bampton’s own 25th Anniversary Season.

dimanche 18 juin 2017

1792 – une berceuse pour des pirates (‘The Pirates’ de S. Storace)

The Pirates 1792 opéra de Stephen Storace frontispice de la partition


L’opéra The Pirates, créé le 21 novembre 1792 par la troupe du théâtre de Drury Lane délocalisée au King’s Theatre, est l’un des opéras les plus ambitieux et les plus italianisants de la production anglaise de Stephen Storace.

Il eut un succès satisfaisant durant la saison 1792-1793, étant donné 23 fois, mais sa popularité diminua par la suite. L’opéra n’eut que 3 représentations la saison suivante, puis 6 en 1794 et deux dernières représentations durant la saison 1795-1796. Sans doute sa complexité en faisait une œuvre moins attrayante pour le public de Drury Lane…

Il n’en est pas moins un jalon important dans l’œuvre de Stephen Storace, lequel eut certainement une influence sur son librettiste James Cobb pour que le texte se calque sur la structure des opere buffe italiens.

Cet opéra se caractérise par l’introduction d’un grand finale à l’italienne. Mais, plus que cette sophistication, c’est l’un des airs chantés par Fabulina, le personnage de soubrette incarnée par Nancy Storace, qui en sera l’un des morceaux favoris du public. 


The Pirates 1792 opéra de Stephen Storace libretto Lullaby


Cet air connaîtra de nombreuses versions imprimées et sera régulièrement chanté par sa créatrice dans diverses occasions. Cette berceuse (Lullaby) est en fait le début du premier finale.



Air de Fabulina, « Peaceful slumb’ring on the ocean »
Bethany Beardslee (soprano)
The Musica Viva Ensemble
dirigé par J. Bolle.
(extrait de An Eighteenth Century Vocal Recital, 33t Monitor, 1966)


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lundi 29 mai 2017

Annonce – parution du CD « Arien für Nancy Storace »



Arien für Nancy Storace

Marie-Sophie Pollak et Katharina Ruckgaber, sopranos
Accademia di Monaco
Joachim Tschiedel, direction musicale

Accademia di Monaco

Accademia di Monaco
 
Airs de Salieri, Sarti, Paisiello, Mozart, Martin y Soler, Stephen Storace.

Premier enregistrement de l’air « Che delirio… Ah come » tiré de Gli Equivoci de Stephen Storace.
Premier enregistrement de l’air « Ahimè… No potro » tiré de Fra i due litiganti de Giuseppe Sarti.

CD Coviello.
Disponible le 2 juin 2017.

On peut en écouter des extraits ICI

vendredi 26 mai 2017

Annonce - concert Nancy Storace Chawton, Angleterre, 14 juillet 2017)


photographie (c) DR

 (Alexandra Lowe dans Cosi fan Tutte, en 2016)


Concert for Nancy Storace (1765-1817)

14 juillet 2017 
Eglise de Chawton (Hampshire)

Alexandra Lowe - soprano
David Owen Norris - piano


Création anglaise probable de la cantate Per la ricuperata salute di Ofelia, écrite par Mozart, Salieri et Cornetti pour la cantatrice.


samedi 20 mai 2017

1805 : Trafalgar, John Braham et l’anneau de Lord Nelson



La nouvelle de la victoire de Trafalgar du 21 octobre 1805 atteignit Londres le 6 novembre 1805. C’est un traumatisme national, au milieu des réjouissances marquant la fin de la terreur d’une invasion française…

Les théâtres londoniens ne perdent pas de temps à célébrer la mémoire de l’amiral Lord Horatio Nelson, tué d’une balle par un marin français… Nancy Storace et son compagnon, le ténor John Braham, participeront aux hommages musicaux faits en mémoire du héros.




Un des anneaux de deuil réalisés
 en mémoire d’Horatio Nelson
Photographie (DR)


A la mort de l’amiral Horatio Nelson durant la bataille de Trafalgar, environ une cinquantaine d’anneaux de deuils furent réalisés, afin de les donner en souvenir du défunt à la famille et aux amis du héros, comme en témoigne une liste établie qui indique parmi les récipiendaires des amis, des membres de la famille et des officiers de marine. Ces anneaux étaient portés pour témoigner de leur deuil.

Certains de ces anneaux étaient creux et contenaient une mèche de cheveux du défunt.

Le chaton de la bague était d’émail noir, décoré d’émail rouge et blanc, avec les lettres N et B, sous deux couronnes et « TRAFALGAR ». L’anneau était inscrit avec « PALMAM QUI MERUIT FERAT » que « celui qui la mérite arbore la palme », la devise de Nelson. A l’intérieur du chaton de la bague est inscrit « Lost to his country 21 Octobre 1805 Aged 47 » (Perdu pour son pays le 21 octobre 1805 à l’âge de 47 ans).

John Braham qui avait été le professeur de musique de Fanny Nelson (l’épouse de l’amiral) et qui était également l’ami d’Emma Hamilton, la scandaleuses maîtresse d’Horation Nelson, en reçut un.

Il le conserva toute sa vie, comme en témoigne l’installation suivante :
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dimanche 16 avril 2017

Gertrud Mara (1749-1833), collègue et rivale de Nancy Storace (3)




En 1787, le ténor Michael Kelly, ami de Nancy Storace répond au compositeur Samuel Arnold qui lui demandait quelle sorte de chanteuse était Madame Storace, qu’elle était « la meilleure chanteuse d’Europe ». Dans ses mémoires, le ténor poursuit, « Ce que je voulais dire, bien sûr, c’était "dans son style" ; mais, comme elle me le prouva par la suite, Madame Mara fut extrêmement offensée de la louange que j’avais accordée à mon amie, et dit à une dame, lorsque je quittais le foyer des artistes, que j’étais un impertinent freluquet ».

Qui était donc cette cantatrice si susceptible ?

Les deux premières parties de la biographie de Gertrud Mara se trouvent  ICI et LA.


Armida

Armida. Gravure de J Collyer, d'après P. Jean.
Publié par Darling & Thomson en 1794.
De nombreuses versions de ce portraits circulèrent.

Séjour parisien : 1782-1783


Une possible lettre d'introduction de l'Impératrice Marie-Thérèse pour Marie Antoinette lui permis sans doute de se faire plus facilement une place dans la vie musicale parisienne.
Sa première apparition au Concert Spirituel, le 19 mars 1782, fut un véritable triomphe. Elle se produisit également en concert à Versailles et à Paris et fut nommée première chanteuse de la Reine.

Louis Petit de Bachaumont (1690-1771) et ses continuateurs, dans les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France, depuis MDCCLXII, ou Journal d'un observateur, contenant les analyses des pièces de théâtre qui ont paru durant cet intervalle, les relations des assemblée littéraires... relatent cette apparition :


"20 mars [1782] Il y a dejà eu deux concerts spirituels depuis la cloture des grands spectacles, & l'affluence a été considérable : il paroît que le sieur le Gros, qui en a toujours la direction, a redoublé d'efforts pour les rendre brillants en ouvrages nouveaux & en virtuoses.
[....] Madame Mara est une étrangère qui, à l'expression de Mad. Todi, joint tout l'art de Mademoiselle Danzi, aujourd'hui Mad. Le Brun ; & par la réunion des qualités les plus rares & les plus précieuses, passe pour la première cantatrice d'Europe. Rien n'est comparable au fanatisme qu'elle a excité, & seule elle auroit fait le succès des concerts du sieur le Gros qui lui donne dix louis chaque fois qu'elle chantera. Elle a commencé mardi pour la première fois." (Tome XX, pp. 132 sq)


Assez rapidement, sa rivalité avec la cantatrice Luisa Todi divisa les amateurs parisiens en deux factions.


"29 avril [1783]. Madame Todi & Madame Mara, qui, pendant tout le temps qu'à duré le concert spirituel, ont chanté alternativement & quelquefois le même jour, se sont enfin livré dimanche un dernier assaut où toutes deux ont été applaudies à tout rompre.
Il est certain que madame Mara a l'organe infiniment supérieur, que les connoisseurs les plus difficiles, les étrangers qui ont le plus voyagé, assurent qu'il n'y en a pas deux de cette espèce; sûreté, netteté, pureté, aisance, étendue, elle a toutes ces qualités au suprême degré ; elle se joue des difficulté, elle excelle dans les airs de bravoure ; mais madame Todi a infiniment plus de sensibilité & la surpasse de beaucoup dans le cantabile; en un mot, la première n'est que cantatrice ; c'est peut-être la plus parfaite qu'on ait entendu pour flatter l'oreille ; la seconde remue le coeur et le pénetre. Une dame balançant la couronne entre elles deux, a fait à cette occasion le madrigal suivant.

Todi, par sa voix touchante De doux pleurs mouille mes yeux ;
Mara, plus vive, plus brillante
M'étonne, me transporte aux cieux.
L'une & l'autre ravit, enchante;
Et celle qui plait le mieux,
Est toujours celle qui chante.

Ces deux chanteuses ont aussi donné lieu à un calembour de la part d'un amateur à qui l'on demandoit celle qui aimoit le mieux ; il répondit: Ah, c'est bientôt dit (c'est bien Todi.)" (Tome XXII, p. 233 sq.)
"16 juin [1783] Les amateurs de musique sont désespérés du départ de madame Mara qui va en Angleterre, & se disposent à jouir des derniers moments de madame Todi, qui se rend en Russie, d'autent que l'engagement de celle-ci avec ce royaume est très-long; quant à la première, ele pourra s'échapper & venir de temps en temps se faire entendre à Paris.
On s'entretient de nouveau d'elles, & n'ayant plus rien à dire sur la nature de leur organe, sur leur talent bien constaté & bien différencié, on recherche tout ce qui les intéresse. [...]

Madame Mara est née en Saxe ; elle en est sortie toute jeune, & a été élevée en Angleterre par le Signor Paradisi, nom tout-à fait-inconnu. Elle fut appellée à Berlin, d'où elle nous est venue, déjà précédée de sa réputation qu'elle n'a point démentie.
Toutes deux chantent le françois ; madame Mara excelle sur-tout dans les chansons françoises, malgré un foible accent dont elle tire même parti pour donner plus de graces à son chant. Quant à madame Todi, comme elle parle à merveille notre langue, point de doute qu'elle n'y reussît. On ajoute que toute deux ont infiniment d'esprit dans la société." (Mémoires secrets..., Tome XXIII, juin 16, p. 10 sq)


La Correspondance secrete, politique & littéraire, ou Mémoires pour servir à l'Histoire des Cour, des Sociétés, & de la Littérature en France, depuis la mort de Louix XV, touche également mot de cette rivalité :


"De Paris, le 23 avril 1783, [...] Il y a eu combat à vie ou à mort entre Madame Mara & Madame Todi. Ne vous épouvantez pas, Monsieur ; il ne s'agit que de chanteuses & de musique. L'action s'est passée au concert spirituel, en présence d'un grand nombre de juges. J'en suis fâché pour l'Allemagne, mais l'italienne semble avoir réuni les suffrages. On lui a trouvé d'abord moins d'orgueil & ensuite plus de talent qu'à Madame Mara. Celle-ci a cependant chanté au dernier Grand couvert ; j'ignore si elle a réussit, mais je n'en doute pas, parce qu'elle n'étoit en comparaison qu'avec elle-même, & dans ce cas elle est sûre de plaire. Madame Todi l'emporte, selon moi, pour la facilité, pour l'expression & pour le son de voix ; mais le public est partagé, en Marates (mauvais calembourg) & en Todistes. Chacun de ces partis est entîché de son idole, prétend obstinément lui attribuer la supériorité. Tous ces débats, à dire vrai, sont aussi vains que pitoyables. Dans la préférence que chacun donne aux talmens de l'une de ces virtuoses, il ne consulte que ses goûts, que ses préjugés, que l'esprit de parti; aucun n'a la bonne foi, le désintéressement de rendre hommage à la vérité & de convenir que si le cantabile, que Madame Todi chante si purement, exige de la fraîcheur, de la flexibilité, de l'étendue, de la justesse dans la voix, les mêmes qualités sont indispensables pour les airs de bravoure que Madame Mara rend avec autant de liberté que de précision. Il seroit peut-être juste de dire, que, le talent de ces deux cantatrices étant également supérieur, la seule préférence que l'on puisse donner à l'une ou à l'autre, ne doit raisonnablement provenir qu'en raison du genre & non de la supériorité. [...]" (pp. 263-264, Tome XIV, Londres, 1788)

"De Paris, le 2 juillet 1783, [...] Le concours que je vous ai annoncé entre Madame Todi & Madame Mara, s'est continué depuis la quinzaine dans des concerts particuliers. L'une & l'autre ont conservé leurs partisans, & cette égalité de succès ajoute encore à la célébrité de chacune d'elles. Vous me saurez gré de vous les faire connoître plus particulièrement. [...]

Madame Mara est née en Saxe. Elle en est sortie fort jeune & a été élevée en Angleterre ; elle y a reçu les leçons de M. Paradisi, qui n'est connu que par elle ; si les talens répondent à ceux de son élève, la renommée est bien injuste. Madame Mara fut appellée à Berlin, & c'est delà que sa réputation se répandit dans l'Europe; elle vint à Paris où on l'avoit déjà fort préconisée, & où elle n'éprouva cependant point le fort des talens trop vantés. Elle réussit beaucoup, & son succès à ce dernier voyage a été plus éclatant encore. Il s'est soutenu à côté de celui de Madame Todi ; celui de Madame Todi s'est soutenu à côté du sien ; c'est assez les louer l'une & l'autre. Toutes deux sont d'excellentes musiciennes ; toutes deux ont infiniment d'esprit dans la société, ce qui n'est point indifférent à leur manière de chanter : toutes deux ont dans un genre différent un talent très-remarquable." (pp. 402-403, Tome XIV, Londres, 1788)

Quand Giovanni Gallini visita la France en 1783 pour recruter des chanteurs pour le King's Theatre, l'opéra italien de Londres, il commença sans doute par contacter Madame Mara.
Une lettre de cette dernière, écrite depuis Ostende à Charles Burney, témoigne des raisons de son refus d'alors :

"[...] Monsieur; l'amitié que Vous m'avés témoigné autre fois, et dont je me flattois de récêvoir de nouvelles marques cet hÿver, m'arrache l'aveu sincère que c'est avec la plus grande peine que je me vois éloignée encor par des circonstances contraires d'un paÿs, ou j'ai reçu mes premieres idées, et à qui je me suis attachée depuis de tout mon coeur ! les propositions de mr: Gallini étoient trop dures pour pouvoir les accepter; car réellement avec toute la force de ma poitrine, je ne crois pas qu'elle auroit pu suffire à me faire entendre deux fois par sémaine pendant un couple de mois dans le grand Opéera ; Ajoutés-y encor qu'il a marchandé comme on marchande au marché des herbes, et vous pourrés aisement comprendre que je n'aimerois pas avoir à faire à un tel Directeur, à la vérité, trop indiscrêt. En acceptant 1200 £ sterl: pour faire le double service des talents qui ont été avant moi, c'est en même tems me mêttre au dessous d'eux, et ruiner ma santé peutêtre pour jamais si j'ai l'ambition de ne pas vouloir compromettre ma réputation. si Mr: Gallini m'avait donné 1500 £, je les aurois accepté avec les conditions ordinaires, mais come il n'est pas musicien, il a crû risquer son argent qu'il aime beaucoup, et il ne s'est pas fié à ses prore oreilles. Dépuis j'ai promis à Mr: Abel de venir à Londres pour ses concerts, mais tant qu'il a quitté Paris, il ne m'a pas donné de ses nouvelles, et j'ai tout lieu de croire qu'il n'a pas réussi dans son projet. [...] Sachant que j'ai refusé l'engagement de Turin pour avoir le plaisir de passe en angleterre sous des auspices bien moins avantageuses, j'aurois crû du moins, qu'il ne manqueroït pas de m'avertir à tems du succès de son entreprise. [...]"(12 novembre 1783)


Gertrud Mara

Portrait de Hüssner. Leipzig, vers 1792.
Photographie © DR

L'Angleterre (1784-1802)


Les Mara se rendirent finalement en Angleterre en 1784.

La cantatrice fit sa première apparition professionnelle lors d'un concert au Pantheon Theatre le 29 mars 1784, pour un concert organisé par Abel. Elle chanta entre autre, "Alma grand anezzo" de Pugniani et "Vadasi del mio bene" de Nauman. L'affluence fut médiocre pour les six concerts prévus par souscription, à cause des élections qui se tenaient au même moment, comme le précise Burney.

Les directeurs du Pantheon lui donnèrent la permission de se produire aux commémorations handéliennes (Handel Memorial Concerts) qui se tinrent à Westminster Abbey et au Pantheon, entre le 26 mai et le 4 juin 1784. Les manifestations étaient organisées par Charles Burney qui en a laissé une description très précise.
Le premier concert qui se tint à l'abbaye royale était composé d'extraits d'oeuvres variées, dont une Coronation Anthem, le Te Deum de Dettinge, un extrait de la Funeral Anthem, les ouvertures de Esther et Saul et le choeur "The Lord shall reign" d'Israel in Egypt.

Le concert du Pantheon comportait des airs, concertos et choeurs, tirés de Joshua, Israel in Egypt et Judas Maccabaeus. Le seul oratorio chanté en entier fut le Messiah, donné à l'abbaye le troisième soir, les deux derniers concerts étant des reprises des premiers concerts.
Les effectifs étaient très importants : 525 intervenants, dont 251 musiciens et 275 chanteurs (60 sopranos, 48 contre-ténors, 83 ténors et 84 basses. (les solistes sont inclus) Joah Bates "dirigeait" de l'orgue, assisté de trois sous-chefs d'orchestres.

L'évènement eut un tel retentissement qu'il fut repris quasiment chaque année, entre 1785 et 1791 (excepté 1788 et 1789). Haydn assista à celui de 1791 et fut marqué par la vénération anglaise pour Haendel, qui tint une grande part dans la composition de ses oratorios La Création et Les Saisons.

La dernière annonce des concerts de Madame Mara au Pantheon du 11 juin annonçait que ce serait son dernier concert de la saison, mais elle se produisit cependant en soliste aux Oxford Music Room le 19 juin 1784.

En 1785, elle donna de nouveau 14 concerts au Pantheon. Mais elle fut également engagée aux Ancient Concerts.

Sa participation aux Handel Memorial Concerts de l'année se termina par un faux pas qui devint célèbre : elle resta assise durant le choeur de l'Alleluia alors que toute l'assistance se levait, y compris la famille royale.

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mercredi 12 avril 2017

Gertrud Mara (1749-1833), collègue et rivale de Nancy Storace (2)



En 1787, le ténor Michael Kelly, ami de Nancy Storace répond au compositeur Samuel Arnold qui lui demandait quelle sorte de chanteuse était Madame Storace, qu’elle était « la meilleure chanteuse d’Europe ». Dans ses mémoires, le ténor poursuit, « Ce que je voulais dire, bien sûr, c’était "dans son style" ; mais, comme elle me le prouva par la suite, Madame Mara fut extrêmement offensée de la louange que j’avais accordée à mon amie, et dit à une dame, lorsque je quittais le foyer des artistes, que j’étais un impertinent freluquet ».

Qui était donc cette cantatrice si susceptible ?

La première partie de la biographie de Gertrud Mara se trouve ICI.


Gertrud Mara  (1749-1833) portrait


Les années berlinoises de Gertrud Mara : 1771-1779


 
En 1771, Gertrud Schmeling fut de nouveau recommandée à Frédéric II de Prusse. Mais cette fois-ci, comme "la plus brillante chanteuse du siècle". Sur les instances du Comte Zierotin-Litgenau (le "directeur des spectacles") et de Franz Benda, le monarque consentit à l'auditionner, ce qui est ainsi relaté de manière relativement peu modeste par Mademoiselle Schmeling dans ses Mémoires.

Quand elle arriva à Sans-Souci, le Roi jouait un concerto avec un effectif de deux violons et un clavecin, avec Quantz comme auditeur. Quand il eut fini, Frédéric la fit appeler dans son salon de musique.

"Le Roi était assis dans un sofa avec le général [Tauenzien], près de trois lévriers italiens - qui aboyèrent quand ils me virent. Le Roi les appela à lui, et je m'approchais pour embrasser le bord de son manteau, mais il ne me permit pas de le faire. Au lieu de cela, il me dit "Allons-nous vous entendre ?" Je lui répondis : "Comme Votre Majesté le souhaite." et me tournais vers le clavecin. A cette époque, je n'étais pas anxieuse de gagner l'approbation du Roi, parce que j'avais envisagé de partir de toute façon en Italie pour étudier de manière plus approfondie ; aussi n'avais-je pas la moindre peur. De plus, je savais ce que je faisais. Donc, je restais là très calmement, regardant les tableaux magnifiques, comme on jouait la ritournelle de l'air ; puis je chantais l'air en entier. Le Roi me dit "Bravo" plusieurs fois, et à la fin de l'air, il vint à moi, me demanda qui étaient me professeurs, et si je pouvais chanter à vue. Je dis que oui, et il me tendit le fameux air de braboure de Britannico, l'opéra de Graun, "Mi paventi, il figlio indegno".

Je le lu, et le chantais, comme c'est ma façon, une demie fois plus rapide que cela avait été chanté par Astrua, qui m'avait précédée dans le rôle. Les musiciens avaient du mal à me suivre ; je pense qu'ils se disaient que j'étais une espèce de sorcière. Le Roi parut admirer mes capacités. Le soir suivant, je fus appelée pour me produire à nouveau, et ainsi pendant six semaines. J'étais souvent sur le point de demander la permission de partir en voyage en Italie de manière à me perfectionner, mais le roi me dit que je n'en avais nul besoin et que si je le faisais, mon chant se détériorerait. Il était en général fort gracieux avec moi, presque galant. Je pense que nos conversations lui plaisaient, comme de me voir le regarder directement dans ses grand yeux bleus, plutôt que de regarder par terre, comme tant d'autres, qui disaient qu'ils ne pouvaient soutenir son regard."

("Eine Selbstbiographie der Sängerin Gertrud Elisabeth Mara," O. von Riesemann (éditeur) dans Allgemeine Musikalische Zeitung, Vol. X (11 août -29 septembre 1875), pp.497-98.)

Elle fut engagée comme prima donna après ces six semaines de concerts impromptus, et reçut un salaire annuel de 3 000 thalers pour une période de deux ans. 

En 1771, elle chanta dans Piramo e Tisbe de Hasse à Potsdam, avec Concialini. 

L'ambiance musicale de Berlin dût être stimulante au début. On sait qu'elle étudia la théorie musicale avec Kirnberger. 

Elle décrit ainsi le contexte professionnel dans lequel elle se trouvait :

"Le travail était aisé. Le Carnaval durait environ six semaines ; on produisait deux opéras, chacun donné cinq fois. Le personnel de la troupe consistait en huit personnes : Porporino, contralto, et chanteur étonnant dans l'adagio, soixante ans ; Concialini, soprano et chanteur agréable dans le cantabile, environ trente-six ans [...] Grassi, un ténor moyennement bon, et également trois sopranos moyennes [...] Une seconda Donna appelée Casparini, de soixante ans [....] et moi-même. L'entrée pour l'opéra était gratuite. [....] L'opéra était si grand qu le roi faisait appeler une compagnie d'un de ses régiments pour se placer au parterre pour réchauffer la salle. Le roi se tenait avec ses généraux juste derrière l'orchestre et nous lorgnait, en criant souvent Bravo. [...]"

Cependant, au bout d'un an, elle se querella si violemment avec son père (qui avait été engagé dans l'orchestre) que Frédéric II leur ordonna de vivre séparément. Ce dernier était apparemment violent avec sa fille. 

Peu de temps après, Gertrud fut impliquée dans un scandale concernant ses relations avec un violoncelliste de l'orchestre, Johann Baptist Mara (1744-1808). Elle demanda la permission de l'épouser. Frédéric II refusa, car l'homme était notoirement connu pour sa paresse et sa vie dissolue. Les deux amants auraient alors tenté de s'enfuir hors de Prusse. Frédéric II fit emprisonner J B Mara. Schmeling offrit alors de quitter Berlin si le mariage était conclu. Le roi accepta mais uniquement à la condition que Gertrud Schmeling serait attachée de manière permanente à la cour pour le reste de son existence. 

Le mariage se fit donc vers 1772 ; elle eut le loisir de s'en repentir, son mari se montrant aussi dissolu et arrogant qu'on le lui avait laissé entendre. 

Mme Mara, très mécontente de son sort dans la troupe de l'opéra de Berlin, fit souvent semblant d'être malade -l'anecdote selon laquelle Frédéric II dépêcha un groupe de soldat qui menaça d'emporter le lit et la malade sur scène, est restée célèbre-, chanta parfois prise de boisson et essaya de trouver tous les moyens possibles pour échapper à son sort.

Le musicographe Charles Burney qui la rencontra à Berlin à cette période la décrit ainsi :

"Mlle Schmeling me reçut avec politesse et simplicité. Elle est petite et sans beauté, mais son visage n'a rien de désagréable ; bien au contraire, il respire une bonne humeur qui la rend d'un abord facile et engageant. Ses dents sont irrégulières et avancent à l'excès mais sa jeunesse et son sourire la rendent plutôt agréable à voir. 

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