dimanche 2 avril 2017

1780 : ‘Le Due contesse’ de Paisiello (1776)




Paisiello Le Due contesse 1776
Frontispice du livret de la création
de Le Due contesse.


Nancy Storace interpréta cet ouvrage à Lucques, au T di S. Salvatore de’Dilettanti durant le Carnaval 1780. Elle ne le rechanta plus par la suite.

La distribution était :

Nancy Storace : Contessina di Bel Colore
Tommaso Santini : Cavaliere della Piuma
Giuseppe Petri : Leandro
Francesca Campi : Livietta
Alfonso Senesi : Prospero

Peu de temps auparavant, la jeune cantatrice avait changé d’emplois : de seconda donna seria (à Florence), elle était passée à ces rôles de prima buffa qui firent sa notoriété en Italie, et lui valurent d’être recrutée dans la troupe d’opéra italien créée par l’empereur Joseph II à Vienne.


L’œuvre


Créé à Rome le 3 janvier 1776, sur un livret de Giuseppe Petrosellini, cet intermezzo eut beaucoup de succès.

La présence des femmes étant interdite à la scène dans les Etats pontificaux, les rôles féminins furent interprétés par des castrats. Notons que dans la distribution originelle, le rôle de Leandro fut créé par Francesco Bussani, futur Bartolo de Mozart dans Le Nozze di Figaro.

La création sur la scène du Teatro Valle suscite également une amusante (à nos yeux) protestation du librettiste :

Paisiello Le Due contesse 1776


Ainsi que de nombreux opéras de Paisiello, l’ouvrage fut repris un peu partout en Europe. Parmi les très nombreuses reprises et adaptations, notons celles d’Esterháza (en 1779, sous la direction de Joseph Haydn), de Vienne, de Paris (sous le nom de Les deux comtesses) et de Dresde (Die zwei Komtessen, en 1778).

De facture assez simple et typique de l’opera buffa de la seconde moitié du XVIIIe siècle, ce sont les ensembles de fin d’acte qui sont les plus développés : on trouve en effet peu de développement psychologique chez les personnages, qui ne sont que des archétypes.

Si les péripéties sont des accumulations de topoï, les embrouillaminis d’identité et les masques que revêtent les personnages sont idéaux pour se moquer de l’opera seria.

Ainsi, le librettiste et le compositeur ne se privent pas de parodier le « Che farò senza Euridice » de l’Orfeo de Gluck, créé deux ans auparavant. Sur un pizzicato imitant la lyre, c’est à un presque décalque que nous convie la cavatine du chevalier della Piuma qui déplore son veuvage avec « Ah, s’io fossi come Orfeo ».

Autre emprunt aux héros mythologiques, Livietta tente de s’élever socialement en citant textuellement un des airs les plus connus de la Dido de Métastase, « Ah, non lasciarmi, no », mais elle est incapable de saisir la noblesse pathétique de l’original, et en travestit la grandeur dans une imitation musicale qui tombe à plat et une description bien terre à terre : Didon est donc qualifiée de « modestina » et Enée de « furbarel ! Il faut dire que le chevalier venait de lui faire un récit bien absurde des malheurs de la reine de Carthage…

Comme il est d’usage, on retrouve également le type seria avec le personnage de la (véritable) comtesse qui s’épanche dans un grand air, « Ah, dov’è la mia fierezza ». Ce type de caractérisation est d’usage dans l’opera buffa qui inclut souvent des personnages nobles qui empruntent aux canons de l’opera seria.

Synopsis


A Pise, chez la comtesse de Bel Colore.

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Cette dernière est sur le départ pour sa villégiature campagnarde ; son prétendant Leandro l’accompagne. Restés dans sa demeure, ses serviteurs Livietta et Prospero se réjouissent d’avoir leurs aises, quand survient le chevalier della Pluma qui souhaite voir la maîtresse de maison. Prospero ayant oublié de lui faire part du départ de la comtesse, Livietta se fait passer pour elle. Le chevalier commence à courtiser l’usurpatrice. Au milieu de ses déclarations, la véritable comtesse et Leandro sont annoncés. Livietta fait alors croire au chevalier qu’elle a permis à sa camériste de se faire passer pour la comtesse, afin de faciliter ses noces avec un noble prétendant. La raison du retour précipité de la comtesse chez elle est la jalousie éprouvée par Leandro envers d’autres amis qu’elle avait accueillis dans sa villa, un peu trop chaleureusement à son goût. Prospero parvient à convaincre la véritable comtesse d’offrir son hospitalité au chevalier : ce sera un moyen de susciter la jalousie de Leandro, et par là-même, de se débarrasser d’un prétendant dont la jalousie l’ennuie. Leandro entend le chevalier se vanter de posséder le cœur d’une « comtesse » (en fait, celui de Livietta), et en est furieux. Le premier acte se conclut sur les accusations du chevalier à sa dulcinée (qui n’y comprend rien) ; une première rencontre entre le chevalier et la comtesse, ce qui contrarie Livietta et Leandro, postés en observation ; la provocation en duel de Leandro envers son rival ; la dérobade du chevalier qui parvient à éviter l’affrontement, grâce à l’arrivée de tous les protagonistes, attirés par le tumulte, et les éclats de Leandro, fou de jalousie.

Le repas partagé permet une armistice momentanée, mais le chevalier s’est épris de la comtesse, ce qui déplait à Livietta et Leandro, qui exige que les mariages aient lieu. Une nouvelle méprise embrouille encore plus la situation, car Leandro comprend que le chevalier va épouser la fausse comtesse… Il est bientôt détrompé par Livietta. Toutefois, la comtesse a verrouillé sa maison, afin d’empêcher le mariage de Livietta et du chevalier. Les deux comtesses s’expliquent finalement, et le mariage de Leandro et Livietta, et celui de la véritable comtesse et du chevalier peuvent avoir lieu.


Discographie


Il n’en existe qu’un seul enregistrement, avec

Stefania Donzelli (Contessina di Bel Colore); Daniele Zanfardino (Il Cavalier della Piuma); Salvatore Cordella (Leandro); Anna Lucia Alessio (Livietta); Gabriele Spina (Prospero); Ciro Cascina (La zia della Contessina)

Italian International Orchestra

Giuliano Carella – direction musicale

Il s’agit d’une captation des représentations du Festival de Martina Franca, faite en juillet 2002. (Couplé avec Il Duello comico de Paisiello.)

CD BONGIOVANNI, 2003.


Bibliographie


FORENSIO, Dino, Notice du CD Bongiovanni, 2003.

HUNTER, Mary, « Some Representations of Opera Seria in Opera Buffa » dans Cambridge Opera Journal, Vol. 3, n° 2 (Jul. 1991), p. 89-108.

SARTORI, Claudio, I Libretti italiani a stampa dalle origini al 1800. Cuneo, 1990-1994.

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